Je m’insurge, ça y est. Je m’étais promis d’être calme, ouverte et tolérante. Je m’étais dit que non, mais non, ils ne sont pas si chiants que ça, ces japonais. C’est des asiatiques, ils doivent être un minimum efficaces et pragmatiques.
Ben non, en fait.
Alors je tiens quand même à préciser qu’à la mairie, ils ont été très tolérants et efficaces. Très très, même.
Mais là le souci c’est plutôt la banque.
Deux des plus grandes banques du Japon (je crache : Mitsubishi UFG et Mizuho). Deux énormes bâtiments à Shinjuku Sanchôme. Une petite stagiaire et une adorable secrétaire servant d’interprète. Bonjour, c’est pour ouvrir un compte pour la demoiselle là, qui est stagiaire, non elle n’est pas japonaise, elle est française, et elle va travailler un an dans notre société.
“Ah oui, elle a sa carte de résident ?”
Oui oui, elle l’a obtenue ce matin.
“Elle habite à Shinjuku ?”
Non, mais elle y travaille. Elle habite à Nerima.
“Ah, mais nous sommes désolés, une nouvelle règle dit qu’on ne peut ouvrir de compte avant 6 mois de séjour, nous sommes vraiment navrés, désolés, pardon.”
Ah bon ? Mais la dernière fois avec un Français ça n’avait pas posé de problème.
“Ah bah c’est une règle récente, mais sinon essayez d’aller voir à Nerima, c’est peut-être différent.”
Nerima, c’est 30 minutes de métro. On tente l’autre banque. Bonjour blablabla…
“Ah non désolés, pardon, ce n’est pas possible, il faut attendre 6 mois, blablabla”
Bon. Que faire ? Bah on n’a qu’à aller voir vite fait les téléphones, tant qu’on est dehors, le magasin est à 5 minutes.
A cet instant, gros plaisir quand on voit le nombre de téléphones à 0¥ (dont l’iPhone 3G, 8GB) pour peu qu’on s’engage pour 24 mois. Il fait bon rester longtemps au Japon.
Puis la petite secrétaire me dit, on va faire une dernière tentative à une petite banque, à Shinjuku à côté de la sortie Sud de la gare JR (note : c’est la première personne dans mon entourage qui connaît aussi bien la gare, ou plutôt les multiples gares, de Shinjuku). On marche sous le soleil, il fait chaud, toutes les femmes au foyer de Tokyo sont de sortie shopping (vous voyez ces quartiers touristiques de Paris, genre Champs-Elysées, en semaine ? Y’a du monde, mais c’est que des touristes, souvent. Ben là, pareil, y’a du monde, mais pas un seul touriste ou presque. Bienvenue à Tokyo.)
Shinsei Bank. Petit office. Plus old school (comptoir en plaqué bois, huhu). Cette fois, pas de baratin sur les 6 mois. Mais il faut un hanko, un tampon officiel qui sert de signature. Je n’en ai pas. Il faut un numéro de téléphone personnel aussi. Mais pour avoir un téléphone, j’aurais aimé avoir un compte en banque avant… (Grrrrr.)
Retour bredouille au bureau. Chef pas content. Quelques appels plus tard (à Mitsubishi, banque officielle de la boîte), c’est OK, pas besoin d’attendre 6 mois, venez nous voir demain (dans les bureaux auquels est affiliée l’entreprise cependant, à Yotsuya, 160¥ l’aller pour 2 stations -__-)
Le lendemain, donc, Yotsuya, gros immeuble, tout ça. Un étage complet de guichets, plus d’employés qu’à la mairie. 30 minutes à discuter de paperasse et à remplir. Puis vient le moment de “signer”. Et là, c’est le drame.
Dans la boîte, on a des petits tampons avec notre nom, pour indiquer vite fait qui a lu ou non tel magazine, livre, ou rapport, et signer les corrections éventuelles de manière lisible. Un truc comme ça :

Stamp, avec mon nom chinois.
Mais un hanko, c’est plutôt comme ça :

Hanko
La différence ? Deux : premièrement, c’est le nom sous lequel mes papiers d’identité, carte de résident, etc. sont enregistrés. Deuxièmement, ce n’est pas un tampon déjà encré. On peut ainsi joyeusement utiliser l’encre provided by la banque et autre établissement officiel. Le truc de ouf ? Au Japon, ce petit tampon/cachet (qui existent aussi en Chine, mais que je croyais uniquement utiles pour signer des peintures et calligraphies…), cette petite chose falsifiable et facile à perdre, ce truc, a plus de valeur que vos papiers d’identités et votre signature. Une démarche du genre virement à la banque, avec tous vos justificatifs d’identité mais sans hanko, et ben c’est mort… (témoignage véritable d’un collègue).
Enfin, finalement, il a été décidé que l’autre gentil bonhomme qui sert d’interprète et d’homme à tout organiser, ira lundi matin à la banque, avec ma carte de résident et mon hanko, et ouvrira le compte pour moi.
Merci la compagnie…
PS : et il faut encore que je me décide pour le téléphone, après…